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Au Nicaragua, un canal chinois pour concurrencer Panama

Publié le par Le blog des cadres du BTP

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Si l’on vous dit que l’on va évoquer une nouvelle fois la Chine, vous allez surement imaginer des projets fous, des constructions gigantesques, des proportions insensées et des milliers d’ouvriers réalisant l’irréalisable. Vous n’avez pas tort, mais vous êtes encore bien en deçà de la vérité. 

Le Nicaragua et une entreprise chinoise ont annoncé il y a 15 jours la construction prochaine d’un canal géant, réplique immense au canal de Panama, situé quelques 600 kilomètres au sud.

L’homme d’affaire chinois Wang Jing, qui n’a pour toute chose bâtie qu’un solide empire dans la téléphonie, a décidé de mettre le paquet pour ce qui sera surement le plus grand chantier de ce début de siècle : 30 milliards d’euros vont ainsi être investis dans l’ouvrage ainsi que deux ports, un aéroport, un oléoduc et une ligne ferroviaire parallèle à la ligne fluviale (à comparer, par exemple, avec les 23 milliards d’euros du barrage des Trois Gorges, le record chinois) 

Le canal devrait mesurer 260 kilomètres contre 77 kilomètres  au canal de Panama. Depuis mercredi matin, on sait combien de temps devraient durer le chantier : 6 ans, de 2014 à 2020, (selon Le Figaro) alors que l’on parlait encore de 11 ans il y a quelques jours... 

On reconnaît bien là l’efficacité chinoise : il avait fallu 10 ans pour construire les seuls 77 kilomètres du canal de Panama. Nul doute que pour tenir ces délais supersoniques, la Chine saura faire appel en masse à ses compatriotes (40 000 emplois devraient être créés) comme elle l’a fait en Algérie par exemple, ou des milliers de Chinois participent à la construction de la Grande Mosquée d’Alger.

Au passage, tant pis si le trajet retenu (voir photo et vidéo) menace le lac Nicaragua, la plus grande réserve d’eau douce d’Amérique centrale…

Mais la Chine ne veut pas jouer les têtes à lac : elle veut juste démontrer une nouvelle fois sa supériorité en matières de grandes infrastructures et d’ingénierie BTP.  Il s’agira d’ailleurs là d’un coup de pub très efficace pour l'entreprise chargée du chantier, China Railway Construction, deuxième plus grand groupe mondial de BTP, derrière un autre Chinois, China Railway Group, et devant… et bien un autre Chinois, China State Construction. Quand on vous dit qu’ils sont nombreux, même sur un podium.

Le grand mystère néanmoins, c’est qu’il n’y a pas de visibilité économique réelle derrière tout cela. Remarquez, ce n'est peut-être pas le soucis premier de la Chine.

Certes, le trafic maritime croît de 5 % chaque année mais la présence du Canal de Panama, par lequel transite 5 % du commerce martime mondial, annonce une concurrence féroce, même si le nouveau venu devrait permettre le passage de navires plus grands que ceux qui empruntent le canal de Panama, pourtant en travaux d'agrandissement actuellement...

Le « bébé » de Ferdinand de Lesseps, au final, va devoir sortir les forceps : puisque la Chine deviendra concessionnaire du canal du Nicaragua pour 50 ans, elle pourra fixer les prix comme bon lui semble. Ca sent la Panamade...

On imagine très bien que cela ne la dérangera pas le moindre du monde de tirer les prix vers le bas, histoire de s’attirer les bonnes grâces mondiales. Et puis, surtout, au Nicaragua, la Chine s'assure via ce canal hystérique, une présence chatouilleuse et militaire aux pieds des Etats-Unis. Mais ceci, bien évidemment, n'a aucun rapport avec cela.

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