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Ingénieurs français, engagez-vous pour votre pays !

Publié le par Le blog des cadres du BTP

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Engagez-vous, rengagez-vous qu'il disait… La légion des ingénieurs français est rappelée à l’ordre par Arnaud Montebourgum, le centurion du redressement productif. Dans un papier du Monde daté d’hier (payant donc pas de lien), on append en effet que le cabinet du ministre a décidé de se rapprocher des ingénieurs afin de les faire participer activement à la réindustrialisation du pays

En tortue toute !

Le papier, très intéressant, soulève un problème que l’on connaît bien : un ingénieur sur deux en France travaille hors industrie. Et vers où se dirigent-ils en masse ces déserteurs ? Vers le pognon la finance et le conseil évidemment.

Selon l’article, entre 2010 et 2011, 19 % des diplômés de moins de 30 ans des sept meilleures écoles d'ingénieurs ont fait le choix de la finance et du conseil.

En outre, "les nouveaux diplômés ont été de plus en plus nombreux à commencer leur carrière dans les secteurs de la finance et du conseil durant les quinze dernières années et ils y sont restés."

Les traîtres !

Préférer l’argent aux salaires plus modestes, mais tellement plus gratifiants de l’industrie, ce n’est pas très républicain.

Heureusement, il semble que le vent du patriotisme souffle enfin sur les têtes bien faites : les débutants seraient ainsi de plus en plus nombreux à rejoindre l’industrie, notamment à Polytechnique : « Parmi les diplômés 2011 qui débutent leur carrière en entreprise (soit la moitié de la promotion), 46,5 % ont choisi l'industrie. Ils n'étaient que 37 % l'année précédente ».

C’est un début.

Mais il faut aller plus vite, et c’est là le passage le plus cocoricommando du papier, signé du directeur de l’Ecole des mines d’Alès :

"Nos étudiants payent 800 euros une année d'études qui revient à 15 000 euros à la nation. Ils ont donc un devoir moral vis-à-vis de leur pays, celui de créer de la valeur. Et cela passe par l'industrie. Nous avons pour mission de la développer. Et il faut en être fier."

La morale laïque de Peillon est-elle déjà en train de prendre le dessus ?

Ceci étant, on peut comprendre l’argument. Sans ingénieurs compétents, la France n’y arrivera pas, d’autant qu’il ne leur est pas seulement demandé de rejoindre le côté industriel de la force : on les presse également d’innover et de start-uper.

Et c’est là que le bât blesse plus vite qu’un pouce romain :

Nous en parlions il y a quelques jours, les ingénieurs boudent sérieusement l’entreprenariat.

Permettez que l’on s’auto-cite, façon Jules César :

« Il nous semble que le problème principal se situe du côté du système français. La société a besoin de former des ingénieurs pour alimenter son tissu industriel et les écoles d’ingénieurs sont avant tout là pour cela. C'est cette idée que l'on retrouve lorsqu'un directeur adjoint d'école, interrogé par l'Etudiant, avoue ne pas avoir envie que tous ses étudiants deviennent chefs d'entreprise...

De toute façon, avec un taux de chômage aussi faible (3,5-4 %), les ingénieurs savent que leur avenir va être radieux (la preuve ici). Or, la première raison pour laquelle on crée une entreprise en France, c'est pour assurer son propre emploi... »

La solution alors ? Développer les formations en alternance, réformer l’enseignement ? C’est possible.

Mais il faudra sans doute aussi s’arranger pour qu’un ingénieur travaillant dans l’industrie n’émarge pas à quelques dizaines de milliers d’euros de son correlégionnaire de la finance. Et ça...

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