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Ordre des ingénieurs : Julien Roitman veut fédérer toute la profession

Publié le par Le blog des cadres du BTP

Julien-ROITMAN-Franck_Foucha.jpgNous vous en parlions le mois dernier : La fédération IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France) envisage d’instaurer un ordre professionnel pour les ingénieurs. Intrigué par l’annonce faite il y a quelques semaines, le Blog des Cadres a voulu en savoir plus. Julien Roitman, le président du « Conseil National » des Ingénieurs et Scientifiques de France a accepté de répondre à nos questions et s’est ouvert plus largement sur la place de l’ingénieur en France.
 
 
Aujourd'hui, première partie de l'interview. La suite sera publiée demain.
 
Quels sont les constats qui vous ont amené à envisager la création d’un Ordre des ingénieurs ?
 
J.R : "Parmi les constats qui nous ont amené à envisager la création d’un Ordre des ingénieurs, il y a tout d’abord le fait que la France ne peut pas faire un choix entre grandes écoles et universités. Nous avons besoin de tout le monde, d’une filière globale de l’ingénierie. Nous devrions regrouper toute la communauté, les 800 000 ingénieurs qui sortent des grandes écoles et les 300 000 diplômés de l’université qui exercent aussi le métier d’ingénieur. Il faut sortir par le haut. Un diplôme d’ingénieur ou un diplôme universitaire adéquat, plus l’exercice effectif du métier : voilà ce que pourraient être les premiers critères pour pouvoir s’inscrire à un éventuel Ordre.
Ensuite, il y a la question de la compétence. Il n’y a pas si longtemps, lorsque l’on obtenait son diplôme d’ingénieur, on était compétent pour 40 ans ! Aujourd’hui, ce n’est plus vrai. Le progrès continu implique une remise à niveau constante. Aux USA par exemple, les ingénieurs doivent revalider leurs acquis tous les 5 ans.
En France nous pourrions adopter un système de gradation pour encourager l’acquisition des compétences tout au long de la vie, et les valoriser avec des titres adaptés. Ce serait l’un des objectifs d’un tel Ordre.
 
 
On en arrive aux questions de responsabilité…
 
 
Oui, et c’est un élément primordial. Les ingénieurs ont une responsabilité qui croît sans cesse car ils sont de plus en plus impliqués dans l’économique et le sociétal : aucun grand projet ne se fait aujourd’hui sans que n’apparaisse une composante où l’ingénieur est partie prenante. Et puis, il y a tout l’aspect développement durable : l’ingénieur doit se poser continuellement des questions sur l’impact de ce qu’il crée. Il engage sa responsabilité. J’aime beaucoup ce que dit à ce propos l’Ordre des ingénieurs du Québec lorsqu’il évoque sa raison d’être : « la protection du public ».
 
Or, aujourd’hui, tout ceci est encore un peu en « roue libre » en France. Certes, IESF a établi il y a une quinzaine d’années une « Charte d’éthique de l’ingénieur » assez respectée et qui pourrait former l’embryon d’un futur code de déontologie. Mais cela doit être plus développé, plus précis. On a besoin d’une réglementation reposant sur des choses simples, avec un tronc commun pour expliquer ce que l’on peut faire et ce que l’on ne peut pas faire. Si un Ordre finit par voir le jour, il faudra accepter qu’un ingénieur puisse être jugé par ses pairs. Nous sommes dans une période où on ne peut vraiment plus accepter le désordre…
 
 
Un Ordre, c’est également le meilleur moyen pour fédérer une communauté professionnelle ?
 
 
C’est évidemment un bon moyen. Partout ailleurs dans le monde, les ingénieurs se regroupent par branches ou par organismes nationaux, se rattachent à un corps à la taille du pays. L’exception culturelle française joue là aussi, car chez nous l’appartenance se définit d’abord par rapport à l’école. Cela a un sens, bien sûr, mais le résultat c’est une fragmentation : 200 écoles d’ingénieurs accréditées CTI, donc quelque 200 organisations différentes.
 
Il y a par ailleurs de nombreux diplômés qui souhaiteraient être reconnus en tant qu’individus ingénieurs, et pas seulement en tant qu’anciens de telle ou telle école. Sans parler de tous ceux qui ne font pas partie d’une association d’élèves tout simplement parce qu’il n’y a en a pas dans leur ancien établissement.
 
Un Ordre permettrait également de mieux faire entendre la voix de l’ingénieur. C’est une vraie nécessité. Les ingénieurs représentent 4 % de la population active en France mais, au Parlement on en compte à peine une douzaine. Il n’y en a aucun au gouvernement. Il est pourtant essentiel d’introduire l’ingénieur aux plus hauts niveaux de décision. Et de cela, il faudra aussi convaincre les ingénieurs eux-mêmes…
 
A ce propos,  nous avons pris l’initiative de lancer une grande campagne de candidatures d’ingénieurs et de scientifiques dans le cadre du renouvellement des CESER (Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux). Ces chambres sont consultées systématiquement par les pouvoirs publics au niveau régional. Nous devons donc tenter d’y entrer et d’y faire valoir nos points de vue. 
 
 
Vous avez déjà évoqué la question avec les pouvoirs publics ?
 
 
J’ai évoqué cette idée lors de contacts avec les Ministères de l’Intérieur, de l’Industrie ou de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : personne n’a sursauté !
Par ailleurs, j’ai commencé à prendre des contacts avec les présidents d’Ordres existants : avocats, architectes, experts comptables... pour me renseigner plus avant.
 
 
Y-a-t-il une organisation qui vous « inspire » ?
 
 
Disons que je nous sens proches des problématiques de l’ordre des architectes. Et c’est bien naturel puisque nous avons en commun d’être à la fois des créateurs (conception) et des réalisateurs (mise en œuvre). En Suisse, il existe d’ailleurs une organisation commune architectes/ingénieurs. En Italie aussi me semble-t-il.
Nous allons examiner le plus d’organismes possibles et essayer de nous inspirer du meilleur de chacun. Mais nous partons sans aucun a priori et nous n’en sommes qu’au début de notre réflexion. C’est un débat qu’il s’agit pour l’instant de lancer, et je me refuse à en tirer par avance des conclusions ! "
Photo : Franck Foucha 
 
 
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IESF, la fédération des ingénieurs
 
IESF est l'héritier de la Société des ingénieurs civils, fondée en 1848 et reconnue d’intérêt public par Napoléon III en 1860.  Elle fédére aujourd’hui 180 associations qui représentent plus de 80% des ingénieurs et scientifiques de ce pays et est donc l’organe représentatif de la profession avec 130 associations d’anciens élèves et de diplômés, 25 associations scientifiques ou techniques, et 25 unions régionales qui couvrent tout le territoire.
 
L’action d’IESF se développe vers les pouvoirs publics, en particulier pour ce qui concerne l’industrie, l’enseignement supérieur, la recherche et l’éducation nationale, ainsi que vers les assemblées parlementaires et territoriales. Elle s'adresse également aux acteurs économiques, notamment les entreprises dans leur diversité, en faisant entendre la voix de l’ingénieur et du scientifique.
 
Parmi les programmes marquants d’IESF, on peut mentionner l’enquête annuelle sur les ingénieurs, questionnaire diffusé depuis 24 ans via les associations et qui, cette année justement, sert de base aux réflexions sur l'Ordre des ingénieurs. Entre 40 et 50.000 réponses sont attendues 
 
Le« Répertoire » est le registre officiel de la profession dont IESF est dépositaire, avec plus de 850.000 noms et des dizaines de milliers de consultations chaque mois.
 
Il y a également PMIS (promotion des métiers d’ingénieur et de scientifique), qui fait rencontrer chaque année, à titre bénévole, des ingénieurs avec plus de 30.000 élèves du secondaire.
 
Quant aux comités sectoriels, ils sont chargés de la veille dans les principaux domaines technologiques.
 
Plus d'information sur le site d'Ingénieurs et Scientifiques de France  

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